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Hashtags de la dénonciation

Hashtags de la dénonciation

Depuis des semaines, je lis les témoignages de toutes ces femmes et de ces quelques hommes qui ont enfin osé crier leur indignation face aux harcèlements, abus, ou expériences de natures sexuels non désirés qu’ils ou elles ont subis.

Depuis des jours, je me tapis dans un silence volontaire, car la douleur qui comprime mes entrailles me cloue au sol et m’empêche de respirer. Mes sanglots étouffés camouflent ma rage et surtout mon impuissance devant ce fléau. Ce qui est surprenant, c’est cet intérêt exacerbé pour un phénomène qui n’est pourtant malheureusement pas nouveau.

Il a fallu attendre qu’un monstre du cinéma américain soit pointé du doigt par une courageuse victime pour que cette histoire fasse tache d’huile et percute enfin la conscience collective. Il a fallu espérer qu’une actrice manifeste enfin son ras-le-bol et, avec la puissance d’un hashtag posté sur Twitter,  cause un tsunami de témoignages de victimes ayant encaissé autant d’horreurs.

Depuis plusieurs jours, les médias relatent les agressions, dénoncent les prédateurs et essaient, tant bien que mal, de soutenir les nombreuses personnes qui en ont été frappées de près ou de loin par les gestes ou paroles de prédateurs crapuleux. Et pourtant, bien avant ce mouvement de dénonciations déclenché par le hashtag  #metoo, il y a eu le #balancetonporc, les #yesallwomen , #everydaysexism, #youoksis, #whyIstayed, #survivorprivilege, #rapecultureiswhen, #bringbackourgirls, #NotYourAsianSidekick et bien d’autres encore.

Tous ces cris lancés dans la stratosphère virtuelle et dont l’écho dissonant résonne toujours dans nos cœurs. Et après… Quelques têtes ont été affichées, certaines sont tombées de leur trône sous les accusations répétées et quelques autres passeront peut-être sous la guillotine. Et puis, comme à l’accoutumée, les gros titres disparaitront, les scandales seront étouffés et la vie normale reprendra son cours.

Que peut-on espérer ?

Tant et aussi longtemps que les sociétés continueront à considérer les femmes et les enfants comme des citoyens de seconde zone, rien ne changera. Tant et aussi longtemps que les cultures et les religions valoriseront le mâle au profit de la femelle, tout restera dans l’état actuel. Tant et aussi longtemps que ces mâles alphas maintiendront leur statut de dominant, nous observerons le statuquo. Tant que le pouvoir économique sera associé avec le droit d’autorité sur la personne, ils se permettront de s’imposer avec force, brutalité et indifférence.

Pourtant, il y a eu et il y a encore de la résistance pour stopper cette domination masculine et ses effets pervers. Les mouvements féministes successifs ont tenté et tentent encore de repousser dans les tranchées ce patriarcat indécrottable qui ravage nos sociétés.

On aurait pu croire que chaque levée de boucliers qui a ponctué l’histoire aurait finalement contribué à changer la donne ? Si certaines avancées ont été notées, nous sommes loin d’avoir enrayé la suprématie de la testostérone et trouvé l’équilibre qui devrait régir les rapports entre hommes et femmes.

Plus que jamais, il est impératif de casser cette culture de harcèlement sexuel, car elle amène dans son sillon des débordements révoltants comme la violence sur toutes ses formes, incluant le viol, l’infanticide et le feminicide.

Dénoncer les actes et les comportements intolérables n’est certes pas suffisant, il faut agir! 8000 ans de domination masculine ne cesseront pas grâce à un hashtag ou un bozo qui se fait  prendre la main dans la culotte. Il faut obliger les décideurs politiques à implanter des lois et à les faire respecter. Il faut commander nos gouvernements à investir dans l’éducation à la sexualité, dans les écoles, incluant le consentement,  malgré les fameux accommodements raisonnables. Il faut refuser l’affichage des publicités sexistes. Il faut limiter sérieusement l’accès à la pornographie à nos jeunes qui apprennent et modélisent les gestes des ‘acteurs’ faute de pouvoir avoir accès à d’autres modèles. Il faut prendre conscience à quel point les médias et la publicité collaborent activement à construire l’image d’une femme hypersexualisée et devenue objet de consommation. Il faut arrêter d’acheter les produits qui sont associés à ces images négatives et dévalorisantes.  Il faut empêcher, voire censurer toutes formes de banalisation de la violence envers les femmes telle qu’elle est véhiculée dans les jeux vidéo et encore ici, dans la pornographie.

Il y a tant de chemin à parcourir  encore pour changer les comportements et améliorer les relations entre hommes et femmes. Chacun d’entre nous a un rôle majeur à jouer et nous avons tout un chacun le pouvoir de faire une différence. Regardons d’abord dans notre jardin et observons déjà nos propres habitudes, écoutons notre discours et l’exemple que nous donnons. Ainsi, nous pourrons participer, à notre mesure, à ce revirement. C’est à nous de choisir dans quelle société nous désirons vivre et quel sera le lègue que nous transmettrons à nos enfants.