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L’épreuve du bikini

L’épreuve du bikini

Avec la chaleur accablante qui plombait hier dans la métropole où le thermomètre affichait des températures de plus de 37 degrés, l’idée de quitter la ville et son bitume brûlant semblait tout à fait appropriée. Les ados en congé, nous allions profiter de la plage en famille.

Une fois les parasols installés dans le sable, les serviettes bien alignées et les bouteilles d’eau distribuées, vint le moment de se déshabiller. À cet instant, j’ai senti monter en moi une vague d’angoisse. Tournant la tête à droite puis à gauche, piquant le nez derrière mon épaule tout en faisant demi-tour, j’essayais de disséquer la faune humaine qui nous entourait.

Se montrer à moitié nue au milieu d’une foule, ce n’est pas banal. Sentir le regard des autres sur soi n’est déjà pas facile, savoir que des individus vont naturellement mater notre corps découvert et certainement en formuler une appréciation demande un certain courage. Sur les plages, les regards se baladent allègrement puisque l’observation des spécimens à deux pattes demeure l’activité favorites des baigneurs. Que ce soit pour contempler l’esthétisme des formes ou dans le but de se comparer aux autres, chacun profite du spectacle des corps libres et dénudés.

Ainsi, pour un bon nombre de femmes, enfiler un maillot en public se présente comme une véritable épreuve. Et c’est avec un soupir de découragement que j’avoue sincèrement compatir avec elles.

Alors que, nerveusement, je laissais glisser les bretelles de ma robe le long de mes épaules, j’observais combien ma peau encore trop blanche détonnait avec toutes celles déjà brunies et parfumée à l’huile de noix de coco.  Avant même que mes vêtements n’aient touché le sol, j’avais passé en revue chaque parcelle de mon corps, m’assurant bien sûr, de les critiquer sévèrement. Mon ventre semblait ballonné, mes cuisses un peu flasques et mes fesses manquaient absolument de rondeurs.

J’admirais ma fille si naturellement à l’aise dans son corps souple et ferme. J’éprouvais un peu de tristesse en constatant que le mien avait bel et bien perdu de sa jeunesse.  Devant mon embarras, elle s’empressa de me dire : « Mom, comment peux-tu comparer ton corps de maman de 50 ans à celui d’une fille de 21 ans ? » J’étais tombée dans le panneau et je m’en voulais terriblement ! Elle a eu raison de me rappeler à l’ordre. Qu’elle idée de s’imposer une telle appréciation de soi-même ?

On a beau être convaincue du fait que chaque femme possède une beauté unique qui mérite d’être honorée, il y a quand même des jours où on aimerait être aussi bien foutue ou jolie que l’autre… ! Il y a des moments où on se regarde dans la glace et souhaiterait pouvoir effacer toutes les marques inscrites par le temps sur notre visage… C’est la vie !

Avec encore un très léger fond d’inquiétude, je demandais à mon mari si le maillot que je portais était bien ajusté et s’il ramassait tout ce qu’il devrait ramasser. J’espérais sans doute me débarrasser de mes scrupules grâce à son sourire approbateur. Je me suis mise à marcher le long du lac et haussant les épaules je lui ai crié : « Finalement, je m’en fout ! »