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Prince y es-tu ?

Prince y es-tu ?

Toute femme a dans ses souvenirs de petite fille, l’image de sa mère, père ou tante préférée en train de lui lire un conte tiré d’un de ces grands livres dont les pages étaient jaunies et écornées tant elles étaient lues et relues. Aujourd’hui, bien que la lecture ait cédé la place aux dessins animés, il est surprenant de constater que la fascination   pour ces contes persiste auprès des fillettes. Cendrillon, Blanche Neige, La belle au bois dormant, La belle et la bête, pour ne nommer que les plus populaires, sont profondément ancrés dans l’inconscient collectif féminin. Le thème central de ces aventures? L’amour !

Ainsi, la fillette découvre les héroïnes de ces contes farfelus et nourrira, dès cet instant, son propre imaginaire de rêves, tout aussi abracadabrants. Blondes ou brunes, pauvres ou riches, débrouillardes ou complètement empotées, ces jolies et charmantes demoiselles partagent le même objectif : celui de dénicher le prince charmant. Tour à tour, elles livreront bataille contre des sorcières, vivront dans des conditions  pitoyables ou seront bannies de leur royaume. Elles seront séquestrées, empoisonnées ou tout simplement abandonnées. Quelles que soient leurs souffrances ou les épreuves à endurer, elles espéreront patiemment, religieusement et  silencieusement l’arrivée de leur  héro-sauveur.

Le dénouement est prévisible. Infailliblement, le prince fera son apparition sur son cheval blanc pour flanquer une volée au dragon et extirper  la princesse de sa tour afin de  l’emporter dans son royaume magique où il l’épousera, promettant de l’aimer jusqu’à la fin des temps. Ainsi se forge le rêve amoureux dans l’esprit de millions de petites filles.

De leur côté, les garçons jouent au Xbox, massacrent des méchants à coup de sabre ou d’explosifs, décapitent des monstres et parcourent des contrées dans le but de sauver l’humanité. Mais dans leur jeu, point de princesses. Point de dulcinée à aimer et encore moins à épouser.

Ce décalage évident dans la socialisation des filles et des garçons se terminera, plusieurs années plus tard par un inéluctable malentendu. Car si le conte de fée se termine par « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants», la suite nous dit pas ce qu’il advient du prince et de la princesse. Le deuxième tome nous révélerait sans doute une toute autre réalité. Inutile de se poser la question de savoir pourquoi la suite de l’histoire ne sera jamais écrite.

Les contes sont emplis d’élans romantiques, de jeux passionnels, de désirs absolus, tout comme le sont nos propres histoires d’amour à leur début.  Le premier tome de notre histoire est semblable à celui de toutes les princesses. Merveilleuse période où la passion nous aveugle et où le désir nous consume, où la découverte de l’autre nous enivre et nous donne la merveilleuse impression d’être bien vivants. Éros s’est emparé de notre raison et plus rien ne semble pouvoir arrêter ce sentiment exquis d’aimer.

Je t’aime beaucoup, passionnément, à la folie… et puis, pas du tout.

Un jour, nous tournons la dernière page du tome 1 de notre histoire et  entrons dans la banalité du quotidien. L’amour s’effrite, souffre, agonise et bien souvent se meure. Éros a pris la poudre d’escampette  entraînant avec lui la passion, l’excitation des sens et ses soupirs infinis.

Le choc est énorme ! C’est alors que les relations se dissolvent, que les couples se séparent et que les promesses s’envolent.

A l’image de ces toxicomanes en état de manque,  nous partons à la recherche de ce qui pourrait à nouveau faire exploser en nous ces sensations exaltantes et jouissives. Ce que nous cachent les contes c’est que dans la réalité, la passion ne dure pas.

Est-ce la faute des frères Grimm ou celle de Disney si les couples éprouvent autant de difficultés à s’aimer?

Au Québec, 51,9 % des couples mariés n’arriveront jamais à transformer l’amour passionnel en amour véritable et leur union se terminera par un divorce. Les hommes autant que les femmes, tels des amnésiques repentis, partiront à la quête d’un nouveau partenaire dans l’espoir de vivre à nouveau ce qui viendra à mourir encore. Éros n’est pas éternel et vouloir maintenir cet état de grâce nous condamne à un éternel recommencement.

« Il est difficile d’aimer » dit la chanson

Oui, il est bien difficile d’aimer lorsque nous confondons amour et passion, amour et désir.

Ce texte a été publié sur le HuffingtonPost