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Les marchands de poupées plastique

Les marchands de poupées plastique

«Miroir miroir dis-moi qui est la plus belle.» Ces paroles prononcées par la méchante belle mère de Blanche Neige résonnent dans l’inconscient collectif depuis 1812, année où les frères Grimm ont écrit le conte pour enfants. Questionnant chaque jour son miroir magique, cette reine complètement obsédée par sa beauté alla même jusqu’à ordonner la mort de la jeune fille afin que la beauté de Blanche Neige n’éclipse jamais la sienne.

Deux cents ans plus tard, cette obsession de la beauté est devenue une véritable mine d’or pour les entreprises d’esthétisme et de cosmétiques.

Selon le Globe Meter, la population mondiale dépense plus de 115,4 milliards de dollars par année en produits anti-âge. L’American Society for Aesthetis Plastic Surgery affirme qu’ en 2010, 8,6 millions de femmes américaines ont dépensé plus de 10,7 milliards de dollars en chirurgie esthétique, favorisant l’augmentation mammaire ( 318,123 ) et l’injection de toxine botulinique ( 2,437,265). Chaque seconde, aux quatre coins de la planète, il est pratiqué une intervention de chirurgie esthétique, ce qui représente près de 18 millions d’opérations par an.

En constatant ces chiffres, nous serions en mesure d’affirmer qu’une large partie de la population souffre d’un trouble de la personnalité narcissique, tout comme la méchante Reine!

Si cette obsession de la beauté engendre des bénéfices faramineux, avons-nous, toutefois, la moindre idée des répercussions qu’elle peut avoir sur les individus et leur comportement social?
Récemment, je fus sidérée de découvrir un site web dont le concept s’inscrit tout à fait dans la tendance. Beautifulpeople.com est un site de rencontre réservé aux hommes et aux femmes qui auront été préalablement acceptés par la communauté selon des critères qui relèvent exclusivement de l’esthétisme. Le principe : le candidat est noté et s’il n’est pas suffisamment beau, il est tout simplement rejeté. Afin de faire partie de ce groupe privilégié, les appelés n’hésitent aucunement à avoir recours à la chirurgie. Ils ont 20 ans et déjà ils piochent dans leur portefeuille ( ou celui des parents) pour passer sous le bistouri et avoir le privilège d’être élus membres.

Le phénomène de sélection par l’esthétisme se remarque aussi sur les médias sociaux comme Facebook, où le choix « d’amis» est conditionné par l’apparence et par le nombre de « j’aime » reçu. Être moche ou même simplement mignon (ne) sans plus, vous relègue d’amblée aux bancs des «loosers ». Il faut dorénavant être « hot», c’est-à-dire parfaitement cloné à un modèle uniforme ressemblant étrangement aux poupées Mattel et absolument et incontestablement baisable selon les références pornographiques en vigueur.

Bonjour les complexes!
La recherche de la beauté et de la jeunesse n’a rien de nouveau en soi. Cléopâtre a marqué l’histoire comme tant d’autres femmes qui ont tour à tour fait tomber des royaumes. Le problème n’est pas là. Ce qui s’impose maintenant comme une normalité à atteindre et à tout prix transforme à la fois les visages et la perception que nous avons de la beauté réelle et surtout naturelle. Comme si Dieu avait mal fait son travail, nous devons passer derrière le Maître et corriger ses maladresses.

La chirurgie offerte pour corriger certains défauts grossiers comme des oreilles décollées, un nez disproportionné, des seins trop lourds provoquant des douleurs lombaires, permet, dans ces cas, de restaurer une estime de soi défaillante. Mais lorsqu’une gamine de 20 ou 22 ans se fait boursouffler les lèvres au collagène ou qu’elle ait recours au Botox afin d’effacer tout espoir de voir apparaitre la moindre ligne d’expression simplement parce qu’elle ne se trouve pas assez bien, je sursaute.

En 2016, la femme idéale serait donc une femme au visage de porcelaine, parfaitement symétrique, mais inerte, pourvue de babounes ressemblant étrangement à une vulve gorgée de sang, au corps mince… très mince, mais sur lequel sont accrochés des seins énormes, digne d’un film de Russ Meyer et, pourquoi pas, tant qu’à faire, des fesses grosses comme celles d’une jument. On passe le tout au laser afin d’éliminer tous les poils qui pourraient rappeler qu’il y a un humain sous tous ces artifices et voilà la beauté plastique par excellence.

Pendant ce temps, sont publiées des études qui font frémir. Par exemple, le fabricant de produits de soin Dove révèle après une étude faite auprès de 3200 femmes dans le monde, qui démontre que seulement 2% de ces femmes se trouvent belles alors que 95 % d’entre elles aimeraient changer quelque chose à leur apparence et en particulier à leur corps. Dès l’âge de 4 ou 5 ans, les fillettes se préoccuperaient de leur poids, s’empêcheraient de participer à des activités qui leur plaisent et souhaiteraient ressembler à une de leurs idoles ultra-sexualisées, arrogantes et combien irréelles.
Le message véhiculé par l’industrie de l’esthétisme n’a qu’un seul objectif : écorcher suffisamment l’estime de soi afin que les femmes se précipitent dans les cliniques, comme du bétail vers l’abattoir, nourrit de l’espoir d’en ressortir enfin désirables.

Mais de toutes ces femmes qui subissent une intervention, combien se sentent profondément transformées et vraiment mieux dans leur être profond? Car, à mon avis, ce n’est pas avec un bonnet DD ou un front figé que l’on construit ou reconstruit son estime de soi.

Je ne crois pas, malheureusement, qu’il soit possible de stopper la machine infernale et à ce point lucrative des fabricants de beauté plastique. Mais, je souhaiterais une seule chose : qu’on laisse les jeunes en paix ! Laissons donc la vie s’inscrire doucement sur leurs visages afin que nous puissions contempler chaque ligne et ridule qui se dessineront lorsque nous les surprendrons à rire ou à pleurer.

Ce billet a aussi été publié sur le HuffingtonPost